Histoire

5 octobre 1910 : la chute de la monarchie, l’aube d’une république agitée

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Illustration de l'épisode 5 octobre 1910 : la chute de la monarchie, l’aube d’une république agitée
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Transcription

Le 5 octobre 1910, le Portugal bascule dans une nouvelle ère. Ce jour-là, après des décennies de tensions politiques, de crises économiques et de profondes inégalités sociales, la monarchie portugaise s’effondre sous les coups d’un soulèvement républicain. Dans les rues de Lisbonne, les drapeaux bleus et blancs des rois de Bragance sont remplacés par le vert et le rouge de la République. Mais cette révolution, aussi soudaine qu’elle puisse paraître, est le fruit d’un long processus de maturation politique et sociale.

Depuis le début du XIXe siècle, le Portugal oscille entre absolutisme et libéralisme, entre stagnation et modernisation. La monarchie constitutionnelle, instaurée en 1820 après la révolution libérale, peine à s’imposer face à un pouvoir royal souvent autoritaire et à une noblesse réticente au changement. Les rois se succèdent, mais les problèmes persistent : un pays appauvri, une classe moyenne naissante frustrée, une Église puissante et une armée divisée. Le dernier roi, Manuel II, n’a que dix-huit ans lorsqu’il monte sur le trône en 1908, après l’assassinat de son père, le roi Charles Ier, et de son frère aîné. Son règne est marqué par l’instabilité, les scandales et une impopularité croissante.

C’est dans ce contexte que le mouvement républicain prend de l’ampleur. Porté par des intellectuels, des militaires et des ouvriers, il dénonce la corruption de la monarchie, l’obscurantisme religieux et l’incapacité du régime à moderniser le pays. Les républicains s’appuient sur des journaux comme *A Voz Pública* ou *O Século*, qui diffusent leurs idées auprès d’un public de plus en plus large. Parmi leurs figures emblématiques, on trouve des hommes comme Afonso Costa, un juriste charismatique, ou Bernardino Machado, un professeur d’université devenu l’un des leaders du mouvement. Leur objectif ? Établir une république laïque, démocratique et sociale, inspirée des modèles français et américain.

Le 3 octobre 1910, tout bascule. Un groupe de militaires et de civils, menés par le général Joaquim Pimenta de Castro, se soulève à Lisbonne. Les combats sont brefs : en deux jours, les forces royalistes sont défaites. Le 5 octobre, le nouveau régime est proclamé depuis le balcon de l’hôtel de ville de Lisbonne. Manuel II, contraint à l’exil, quitte le pays pour l’Angleterre. La République portugaise est née.

Mais cette naissance est loin d’être un long fleuve tranquille. Dès ses premiers mois, la jeune république doit faire face à des défis immenses. D’abord, la question religieuse : la séparation de l’Église et de l’État, adoptée en 1911, provoque une vive opposition des conservateurs et de l’Église catholique, qui perd ses privilèges et ses biens. Ensuite, la question sociale : les républicains veulent améliorer le sort des ouvriers et des paysans, mais leurs réformes, comme la journée de huit heures ou la laïcisation de l’enseignement, se heurtent à la résistance des élites traditionnelles.

La vie politique est tout aussi mouvementée. Les partis se déchirent, les gouvernements tombent les uns après les autres, et les coups d’État se multiplient. Entre 1910 et 1926, le Portugal connaît pas moins de quarante-quatre gouvernements différents ! Les républicains modérés, comme Afonso Costa, alternent avec des factions plus radicales ou plus conservatrices, sans jamais parvenir à stabiliser le pays. L’inflation, le chômage et les grèves s’aggravent, tandis que l’armée, divisée, perd peu à peu confiance dans le régime.

Un exemple frappant de cette instabilité est la guerre civile de 1919, qui oppose les républicains aux monarchistes dans le nord du pays. Pendant plusieurs mois, le Portugal est au bord de la guerre civile, avant que les républicains ne l’emportent. Cet épisode montre à quel point la jeune république est fragile, et combien les divisions politiques peuvent menacer la cohésion nationale.

Pourtant, malgré ces difficultés, la Première République portugaise laisse une empreinte durable. Elle instaure le suffrage universel masculin (en 1911), crée un système d’enseignement public et laïque, et pose les bases d’un État moderne. Elle inspire aussi d’autres mouvements républicains en Europe, notamment en Espagne.

Mais le plus grand défi de la République reste sans doute sa propre survie. En 1926, un coup d’État militaire met fin à l’expérience républicaine et ouvre la voie à la dictature de l’Estado Novo, dirigée par António de Oliveira Salazar. La République portugaise, née dans l’enthousiasme du 5 octobre 1910, n’aura vécu que seize ans.

Aujourd’hui, ce 5 octobre est encore célébré comme un symbole de liberté et de progrès. Il rappelle que les changements politiques ne sont jamais simples, qu’ils exigent des compromis, des sacrifices, et parfois des échecs. Mais il montre aussi que les idées de démocratie, de laïcité et de justice sociale, une fois lancées, peuvent transformer une société pour toujours. Peut-être est-ce là le vrai legs de cette révolution : l’espoir, même fragile, d’un monde plus juste.